Je suis devenue, un beau matin, maman deux fois et d'un seul coup. Tous les jours (ou presque), je réalise que tout ceci ne tient en fait qu'à un cheveu (entendre par "cheveu" une fécondation réussie, suivie d'une décongélation réussie, suivie d'une implantation réussie, tout ça avec la faible probabilité de faire d'une cellule deux bébés…)

La vie est belle, et l'envie d'un 3ème est là. Le miracle se produit l'année dernière: au mois d'août je tombe enceinte… spontanément! Si avant je me posais des questions, ça me conforte dans mon envie d'un 3ème. Je suis enceinte, heureuse de l'être, et je ne doute plus devant le fait accompli que c'est une bonne idée. Mais la vie est facétieuse (pour rester polie) et la petite fille que je porte est atteinte de trisomie 18. Interruption de grossesse, mais la vie, sans exagérer, reste belle. Trois jours après mes filles ont 2 ans, 2 ans que je suis passée de l'autre côté du miroir et que la vie à repris des couleurs comme par enchantement.

Et puis l'envie est toujours là. Je me reprends à rêver d'une grossesse spontanée évidemment, mais je vais avoir 40 ans et il faut être réaliste. Je recontacte donc mon centre PMA au printemps et nous mettons un protocole en place au début de l'été. C'est un faux départ puisque la maternité m'a un peu lobotomisée et que j'avais complètement oublié que mon ovaire gauche ne répondait aux stimulations qu'après avoir été redressé par mon rebouteux. Donc réponse presque nulle en juillet, je me fait redresser les 2 ovaires (tant qu'à faire) en septembre, et c'est reparti pour un protocole en octobre… avec la récolte de 8 ovocytes dont 7 matures et 5 fécondés. Le premier, transféré il y a 10 jours, n'a rien donné (j'ai appelé le labo il y a 10 minutes). Il reste donc 4 Findus.

Mais la question me taraude: pourquoi est-ce que je remets ça? Est-ce une réelle envie de famille nombreuse, est-ce que c'est pour faire plus que mes parents? Est-ce que c'est pour me construire une vraie famille (étant donnée que la famille dans laquelle je suis née ne rempli pas cet office)? Je n'ai pas la réponse, mais j'y travaille.

La seule chose dont je suis sûre, c'est que suivre un processus de FIV avec deux enfants à la maison c'est beaucoup moins compliqué psychologiquement que quand j'étais nullipare. Bien sûr il y a des espoirs (déçus en l'occurrence aujourd'hui…), bien sûr il est impossible d'être complètement détaché. Et ça reste un réel investissement en terme de traitement, en terme financier (pas remboursé chez moi pour rappel…). Mais je crois que cet investissement, même s'il n'aboutit à rien, m'aura servi à n'avoir aucun regret, et ça je crois que ça n'a pas de prix…